L’Echec de la fusion EADS – BAE Systems est-il véritablement un échec politique pour l’Europe ?

(Ceci est une re-publication d’un article datant du 18 Oct. 2012)

Si on se place du point de vue des protagonistes primaires (#EADS et #BAE), naturellement.
Je ne détaillerai pas ici toute la complémentarité respective de ces deux groupes, mais ce rapprochement était un choix logique raisonné.

Je n’aborderai pas non plus tous les enjeux, positifs et/ou négatifs pour les autres industriels : ce sujet a été plus que traité par les journalistes et autres « experts ».

Enfin, je place ici en priorité l’intérêt intérieur à toute considération de marché à l’export (toute économie s’appuyant d’abord sur son marché intérieur [voir l’Histoire de l’Entreprise de l’Antiquité à nos Jours]).

Le point de vue client (nations) :

En revanche, posons maintenant le problème d’un point de vue client (du marché intérieur de la Défense, soit les Etats européens) :

Une telle #fusion aurait assurément présenté [*] des avantages efficients sur les 5M :

  • Fiabilité accrue
  • Baisse des coûts des projets
  • Meilleur respect des calendriers
  • Possibilité de mener des projets sans partenariat et/ou consortiums (et les querelles intestines de stratégies industrielles qui y sont inhérentes)
  • Des « systèmes d’armes » encore plus intégrés
  • Attardons-nous un instant sur ce dernier point : les systèmes intégrés :
    Une telle fusion aurait permis :

  • Une meilleure intégration des sous-systèmes (tels que les armements des plateformes / aéronefs)
  • Une meilleure interaction transversale (interopérabilité et échange de données entre les différents systèmes d’armes)
  • ... Le "must" en la matière étant une fusion EADS + BAE + #Thales, qui permettrait alors au groupe constitué de pouvoir penser les systèmes de manière globale et pleinement intégrée...

    Par ailleurs, une telle fusion permettrait [*] d’éviter :

  • Certains « fiascos » tels que les drones chez EADS Cassidian
  • (Harfang, Talarion)

  • Certains « déboires » en matière de gestion indignes de programmes, dignes de servir de cas d’école
  • (A400M, par exemple, mais aussi, dans une moindre mesure, l’Eurofighter)

    Le contre-effet :

    Tous ces avantages (indéniables ? non : supposés [*]) auraient-ils valu le prix des désavantages liés ?

    [*] ces impressions d'avantages se seraient vues, en réalité, balayées par un contre-effet (lire la suite)

    Le principe de mise en compétition est nécessaire :
    Il faut donc qu’il y ait compétition soit au niveau des fournisseurs, soit au niveau des clients

    Rappelons tout d’abord que le principe de mise en compétition est nécessaire :

  • Il encourage à l’innovation
  • Il assure la non-dépendance
  • Or, il faut donc qu’il y ait compétition soit au niveau des fournisseurs, soit au niveau des clients.

    nota : c'est cette absence de compétition de part et d'autre qui a été une des causes de la chute de l'URSS

    A l’heure où l’Europe de la Défense doit à la fois améliorer son interopérabilité, sa cohésion convergente (pooling) et tout en maintenant (et afin de maintenir) le développement technologique… (voir rapports et autres publications de l’ #EDA)

    … Un tel groupe aurait pu avoir des conséquences désastreuses :

    « We have to take the tough decisions now, or face dire consequences in the coming decades »

    Source : EDA : European Defence Matters, Issue 1

    Il se serait posé en « psyché » du consortium de clients européen (pour faire simple, « l’Europe de la Défense, c’est moi… ou personne »), pris en otage ce consortium de la défense européenne qui n’aurait eu d’autre solution viable :

  • Les autres entreprises européennes ? Incapables d’offrir une satisfaction globale au consortium pour d’évidentes raisons politiques de Workshare
  • Les entreprises américainesNon viable car les Etats européens se doivent de défendre leur industrie, ses emplois, éviter la fuite des savoirs, celle de son indépendance en matière de Défense (très cher aux Etats-Majors Français) et celles des capitaux (importation)
  • A propos :
    Pooling and Sharing by @EUDefenceAgency

    … Est-il dès lors nécessaire que j’expose tous les risques, la dangerosité même, d’une telle dépendance ?

    Une inversion du rapport de forces entre le consortium de clients et le groupe industriel en faveur de l’ogre avec un effet contre-productif :

  • Chute de fiabilité
  • Augmentation des coûts
  • Retards
  • Baisse de l’innovation
  • Utilisation acrrue des clients européens comme « vache à lait » pour amortir des programmes en vue de contrats à l’export à moindre coût (nota: politique US à la fin du 20e siècle)
  • … et finalement éclatement du consortium européen de Défense (voir exemple autour des grands projets européens passés : Eurofighter/Rafale, drones européens, etc…), avec toutes les conséquences que cela aurait, à savoir un retour à la situation actuelle :

  • Interopérabilité limitée
  • Capabilité de défense limitée
  • Développements inefficients : coûteux (A400M), doublés (Eurofighter/Rafale), avec retards (NH90) ou mis en échec (drone européen)
  • La non-création d’un « ogre » européen représente une perspective d’avenir favorable

    Conclusion :

    En conclusion de cette courte synthèse, si cette fusion est un échec en tant que telle, la non-création d’un « ogre » européen en matière d’industrie de défense représente une réussite, du moins une perspective d’avenir favorable, pour une Europe de Défense plus efficiente.

    JM

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